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La course du temps : Toledo




La course du temps :

Toledo طليطلة




Un jour, j'ai visité la ville de Toledo en Espagne. Cette ville médiévale, inscrite au patrimoine mondial, est située sur des collines entourées par un fleuve, le Tage qui se jette dans l’océan atlantique à Lisbonne, au Portugal.  Elle garde encore de nombreux vestiges de la civilisation andalouse. 

 

J'ai suivi le guide. 

 

La tournée a commencé par El Cazar (El Qsar) que l'on aperçoit sur le sommet le plus haut et qui était le siège du seigneur de la ville.

 

Puis nous avons visité la cathédrale Sainte Marie, décorée par le fameux peintre Gréco. Toutes les étapes de la Reconquista étaient mentionnées dans des peintures et des dessins à la suite.

 

Puis on a tourné dans la ville et visité la synagogue de Santa Maria la Blanca (vide) qui aurait été bâtie par des ouvriers andalous. Le guide se demandait ce que pouvait représenter un ensemble de sculptures sur les piliers. Il m’a semblé que c’était des têtes de béliers aux cornes recourbées. C’est ce que je lui ai dit. Il m’a regardé d’un air pensif.  

 En fait, j'avais pensé au veau d'or. Les ouvriers andalous avaient probablement joué un tour à leurs employeurs en sculptant des têtes de veaux méconnaissables sur la partie supérieure des piliers. 

J'ai vu également à l'entrée d'une église un panneau décoratif où était écrit en Arabe "لا إله إلا الله". J’ai longtemps regardé cette écriture d’un temps disparu. Il me semblait voir par-delà le panneau, des hommes vêtus de blanc tournés vers l’Orient. Agenouillés sur des tapis, ils priaient en silence, perdus dans leurs pensées.  

 

Les rues de la ville situées sur le versant de la montagne étaient très étroites. En passant à côté d'une maison dont la fenêtre était ouverte, j'ai aperçu un mur couvert d'une faïence bleu-clair très belle et des lignes blanches inscrites en lettres arabes par-dessus. Je me suis arrêté pour regarder de plus près. Dans cette maison avaient vécu des Andalous.

 

Je me demandais qui était le dernier à en avoir définitivement fermé la porte avant de partir en exil. Il avait peut-être jeté un dernier coup d’œil aux alentours pour en conserver les moindres détails dans sa mémoire.  Le cœur gros, il a dû dire adieu à sa maison avant de s’en aller très vite, emportant dans sa poche la précieuse clé du souvenir.

 

J'ai vivement regretté de n'avoir pas d'appareil photo avec moi en cette unique occasion. 

 

Avant de nous quitter, le guide, un vieil homme, a longuement parlé de l'Andalousie dans un Français correct.


A la fin de son discours et en guise d'adieu, il a prononcé, d'une voix solennelle, dans une langue arabe sans accent, la formule du témoignage (Tachahud) : La illaha illa Allah. Ce furent ses derniers mots.

La course du temps : Les pauvres gens





La course du temps :

Les pauvres gens


Comment un homme, digne de ce nom, peut-il trouver le sommeil, pendant que d’autres, abandonnés, se couchent le ventre creux, sur le trottoir ou sous un arbre, à la merci du froid, du vent et de la pluie ? 

Ce sont les pauvres gens, du temps de la colonisation. Il y en a beaucoup. Dans toutes les villes et dans tous les villages de ce pays si riche. 


Chaqia


C’est une petite femme qui passe chaque jour devant la maison. J'ignore son vrai nom. Elle va pieds nus. Elle porte une épaisse robe de toile grossière couleur sac de farine. Elle tient dans sa main un petit couffin de paille, noir de suie. Je ne sais ni où elle va ni d'où elle vient. Personne ne semble s’occuper d’elle. Elle est toujours seule. Je n'ai jamais entendu le son de sa voix. Elle marche lentement, droit devant elle, sans tourner la tête, un sourire effacé sur les lèvres. On lui a donné un surnom qui résume son état dramatique : Chaqia ou la misérable !


Qaqa


Elle est grande, mieux vêtue que la précédente. Contrairement à l’autre, elle parle. Elle aussi passe devant la maison. Elle erre dans le village le jour. La nuit, elle rentre chez elle. Elle habite sous un arbre à la sortie du village. C'est l’arbre de Qaqa. Aujourd’hui, un petit hameau bâti à proximité de son arbre porte son nom « Sadjret Qaqa ».